Microbiologie
Responsable : Malalanirina Sylvia Rakotonirainy , ingénieure de recherche, ministère de la Culture et de la communication, mise à disposition du CNRS.
Parmi les agents de biodégradation des collections, les moisissures (champignons microscopiques) sont les plus fréquemment rencontrées et les plus redoutables. Les dégâts engendrés peuvent aller de la simple tache colorée à la détérioration plus ou moins importante de l’œuvre ou de l’ouvrage contaminé. La section microbiologie cherche notamment à lutter contre la prolifération de ces micro-organismes sur les collections et dans leurs aires de stockage.
Recherches
Les recherches développées dans la section microbiologie s’articulent autour de 2 axes : la prévention et la lutte curative.
- La prévention s’attache à la compréhension de la croissance et du comportement des moisissures confrontées à différents environnements, et au développement de méthodes rapides de détection et d’identification. Quatre sujets sont actuellement à l’étude :
- La création d’une base de données sur le web, dans le but de compiler les principales informations concernant l’écologie, la biologie, la physiologie et la biochimie des souches responsables de la biodétérioration des collections. Cette base combine des informations issues de l’expérimentation en laboratoire et de recherches bibliographiques.
Lien vers la base de données "Mycota"
- Le rôle des micromycètes dans la formation des altérations chromatiques du papier. La présence sur les papiers anciens de taches brune appelées « foxing » est un sérieux problème pour la conservation des documents graphiques : non seulement elles sont inesthétiques, mais elles peuvent empêcher à long terme la bonne lisibilité de l’œuvre. L’observation au microscope révèle parfois la présence de spores et de mycélium appartenant à des champignons microscopiques. Ces taches de forme particulière, peuvent être facilement différenciées des taches dues à des particules métalliques et dans lesquelles on n’observe pas d’éléments fongiques. Une hypothèse a donc été émise sur l’éventuelle origine fongique d’un certain type de taches mais à ce jour, le mécanisme de formation de ce « foxing biologique » n’est pas réellement élucidé, et l’identité des espèces présentes est encore inconnue, car il est impossible d’obtenir des développements in vitro, à partir des papiers eux-mêmes. Notre projet scientifique se propose d’utiliser des outils récents, indépendants de l’isolement et de la culture des micro-organismes, issus des dernières avancées de la biologie moléculaire (séquençage de l’ADNr, sondes nucléiques, RT-PCR) pour caractériser les communautés fongiques présentes sur ces taches brunes.
- La détection rapide des moisissures par l’estimation de la charge énergétique selon un dosage ATPmétrique. L’adénosine triphosphate (ATP) est un marqueur essentiel de la viabilité d’une cellule et l’ATPmétrie, méthode qui permet de mesurer le taux d’ATP à l’aide d’une réaction lumineuse en présence d’une enzyme spécifique, nous a paru une méthode intéressante pour déterminer la présence d’une contamination fongique. Mais nos premiers résultats ont montré que le dosage de l’ATP seul (ou de chacun des nucléotides adényliques, ADP et AMP) par la luciférine-luciférase n’est pas un critère suffisant pour rendre compte de la viabilité des spores fongiques, en particulier celles qui ont été traitées à l’oxyde d’éthylène. La charge énergétique (CE) –valeur à l’équilibre de l’énergie métabolique entre les trois formes de nucléotides ATP, ADP et AMP – est un meilleur indicateur. Grâce à la méthode que nous avons mise au point, il est possible de détecter en quelques minutes la présence de moisissures vivantes sur un document, et de distinguer les cellules mortes (CE < 0,60) des cellules vivantes (CE > 0,65). Cette méthode est actuellement utilisée en routine au CRCC parallèlement aux méthodes culturales, lors des analyses microbiologiques. Nous travaillons maintenant à sa simplification, avec pour objectif de développer un kit prêt-à-l’emploi utilisable par des non-biologistes.
- Caractérisation rapide des micromycètes par spectrométrie de masse selon la méthode MALDI-TOF.
- La lutte curative consiste à développer des méthodes de décontamination et de désinfection pour les surfaces, les œuvres et l’atmosphère. Les principaux sujets qui ont été abordés au cours des dernières années sont :
- Désinfection des aires de stockage et des surfaces par thermonébulisation d’un fongicide
- Mise au point des conditions de désinfection à l’oxyfume 2002
- Étude de l’activité antifongique de quelques huiles essentielles et produits apparentés
- Effet du linalool sur les papiers, cuirs de reliure et matériaux photographiques
- Développement d’un protocole de traitement de conservation adapté aux objets composites fer/bois gorgés d’eau archéologiques
Services
La section microbiologie a également une activité de services importante. La responsable de la section est régulièrement sollicitée par les responsables de collections et les restaurateurs qui se trouvent face à des problèmes de contamination fongique. Elle intervient ainsi pour conseiller, réaliser des expertises et des analyses microbiologiques, puis donner des recommandations sur les interventions à mener.
Lien vers la liste de production scientifique
CRCC : Centre de recherche sur la conservation des collections




